Ferme de l'Abbaye de Géronsart, Namur

Localisation : Namur
Client : Immolux
Année : en cours
État des lieux paysager et projet d'aménagement des abords d'une ferme d'une abbaye cistercienne transformée en logements. Maîtrise d'oeuvre complète. Architectes : Nelis-Tellier & Associés SPRL. Architecte paysagiste : Landscape Design sprl

Le quartier abbatial de Géronsart et sa ferme représentent des témoignages remarquables de l'architecture abbatiale de la Province de Namur.      
L'ensemble conserve, malgré les outrages du temps et les constructions annexes érigées ici et là, un relativement bon état de conservation dans un site conservant en grande partie la magie (genius locci) qui l'a vu naître au XIIème siècle.
Comme toutes les abbayes, elle est implantée au nord dans le fond d'une dépression ouverte vers le nord-ouest. L'accès sud étant toujours secondaire et réservé aux religieux.
Cette volonté de recherche de la quiétude et de l'isolement sont encore perceptibles actuellement dans la majesté du lieu, sa morphologie, la disposition de ses constructions,  l'implantation et la grande diversité des arbres. Le lieu a su conserver des qualités paysagères rurales authentiques. Cette authenticité lui confère indéniablement une valeur patrimoniale forte à notre époque, si proche d'une capitale régionale.

Le rû formé par les ruissellements d'un bassin versant de plus de 100 hectares au sud traverse et débouche dans le site et rejoint l'étang en bas dans une canalisation construite à hauteur d'homme.

Appréhender le patrimoine, intervenir sur celui-ci, peut s'envisager selon des catégories d'actions qui se distinguent du point de vue de la nature de leur prise en compte des valeurs historiques et esthétique de l'objet patrimonial.
Yves Robert, Historien de l'Art, Archéologue

La remise en valeur de ce site accompagne le projet de développement immobilier et nécessite une analyse fine des éléments patrimoniaux du paysage encore conservés dans leur authenticité ; vues depuis et vers le site, patrimoine végétal, patrimoine hydrologique, patrimoine écologique. Les éléments perturbateurs, les implantations et "plantations" sauvages qui nuisent à l'unité des espaces, à leur sobriété naturelle, sont remis en question. Dans la mesure du possible, il importe de ne pas faire de concession à l'authenticité au profit des nécessités de la vie urbaine contemporaine.

Les photos aériennes prises à 57 ans d'intervalle et ramenées à la carte du Comte Ferraris de 1778 nous parlent du temps qui passe et  de la densité toujours plus grande de nos développements humains.
Le temps est aussi la force créatrice du jardin et du paysage ; patrimoines vivants qui évoluent au rythme des saisons et présentent des images variant considérablement de l'hiver au printemps, de l'été à l'automne. Les volumes des espaces composés avec des végétaux connaissent un développement continuel dû à l'accroissement annuel des plantes ; la haie modeste qui accompagnait le moine sortant de l'abbaye à l'est se transforme aujourd'hui en une rangée d'arbres centenaires.
Ces considérations illustrent l'ambiguïté entre d'une part le caractère vivant d'un monument façonné dans un matériau biologique, périssable et renouvelable, et d'autre part, la volonté patrimoniale de vouloir figer le développement de la nature au sein d'une composition architecturale donnée comme idéale à un moment donné.
Les préoccupations écologiques, enfin considérées, ont mis en évidence les "morceaux de nature" insérés au sein du milieu urbain. Cette conscientisation tardive doit s'écarter du concept des "réserves indiennes" pour que chacun sache que l'écologie est "à tous les étages" et à conjuguer au pluriel ; elle régit l'interraction du développement dans le temps.
Enfin, comme les valeurs historiques et écologiques, le rôle social d'un espace vert peut aussi faire l'objet d'un réaménagement favorisant un renforcement de ce type de valeurs. Parmis les fonctions essentielles attendues de la nature, figurent des vertus dépaysantes et régénératrices. Moments de quiétude, espaces de promenade, parcours sportifs, ils offrent les seules possibilités d'être régulièrement en contact avec la nature.
De ce point de vue, la finalité du patrimoine n'est pas esthétique mais humaniste.

 
 
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